Rencontre avec Caroline Desaegher, Directrice communication et marque de Ramsay Générale de Santé ainsi que Déléguée Générale de la fondation éponyme.

Dans le cadre de l’adhésion de la Fondation du groupe Ramsay Générale de Santé au Club Acteurs de la Prévention, nous avons rencontré Caroline Desaegher qui nous a présenté les actions du leader européen de l’hospitalisation privé et des soins de proximité, et l’un des leaders mondiaux de la santé.

  • Que représente la prévention dans votre groupe ?

Pour les personnels soignants et praticiens, la prévention fait partie intégrante de leur état d’esprit. Toutefois, dans la mesure où la prévention n’est pas tarifée et structurée en France, elle ne peut se développer malgré la volonté des acteurs. Chez RamsayGdS, depuis 2 ans, la fondation s’est focalisée sur ce sujet de la prévention pour trouver des solutions de sensibilisation innovantes pour les patients et la communauté en générale. Pour agir plus efficacement, la fondation développe des partenariats en s’appuyant sur les expertises ciblées de professionnels de santé, de scientifiques, de start up, d’associations…

Par exemple, nous avons développé une campagne de sensibilisation sur Facebook « innovante » dans la mesure où le digital est peu présent dans le domaine de la santé. Les 20 000 abonnés aux aventures de nos « Générations Prévention » semblent apprécier les sujets et les conseils étant donné leur niveau d’interaction avec les différents posts hebdomadaires. La Fondation a aussi créé le Chatbot prévention santé, un outil ludique et communautaire qui aide les utilisateurs à adopter de bons comportements.

Aujourd’hui, la prévention ne représente que 3 heures dans le cursus de formation d’un praticien, qui manque souvent de temps. Nous pensons qu’il faut aider à former les personnels soignants à la prévention qui ont plus de souplesse dans leur formation. Les infirmiers notamment, ont un rôle majeur à jouer si nous leur en donnons les moyens. C’est pourquoi, nous sommes fiers d’annoncer notre partenariat avec la Faculté de Médecine de Brest pour la création du premier DU Prévention à destination des personnels soignants en France. Il sera lancé en septembre 2020.

Par ailleurs, nous avons lancé un incubateur de start-up prévention santé, le «Prevent2Care Lab» qui en est à sa deuxième promotion. L’incubation des start up a lieu dans deux villes, à Paris et à Marseille. Notre partenaire spécialisé INCO leur dispense des formations marketing, financière, distribution etc… tandis que la Fondation les met en relation avec les experts « métier » du groupe, praticiens, informaticiens, directeur de la recherche…, pour les confronter à la réalité du monde de la santé auquel leur projet s’adresse et les aider à valider leurs idées, ou au contraire à les faire évoluer pour leur donner plus de chance d’émerger.

  • Pouvons-nous considérer que l’identité du groupe est australienne, scandinave et/ou européenne ?

Ramsay GDS a une identité française, bien que son actionnaire majoritaire soit australien. Le groupe en lui-même a une existence juridique propre, côté à la Bourse de Paris, qui s’ouvre aujourd’hui à une mixité de culture scandinave et européenne avec un comité exécutif largement mixé entre Français / Suédois / Danois / Norvégien. En 30 ans, Ramsay GDS, devenu le leader européen de l’hospitalisation privé, passe un cap dans son Histoire en devenant un groupe européen et en s’ouvrant aux soins de proximité.

  • Le développement des soins de proximité s’inscrit dans le contexte actuel et notamment de désertification médicale, vieillissement de la population, désertion médicale. Les soins de proximité sont-ils une réponse ?

Nous pensons qu’il existe plusieurs solutions parmi celles que les autorités de tutelle mettent en place sur les territoires mais qu’elles sont devenues insuffisantes car il faut à la fois répondre aux problèmes de désertification médicale, en apportant une réponse de proximité aux patients, mais également aux médecins qui évoluent dans la façon d’exercer leur métier. En effet, les médecins sont de plus en plus souvent des femmes et ne souhaitent plus exercer seules avec une forte pression, des horaires difficiles préférant une conciliation vie privée / vie professionnelle. La réponse qu’ils apprécient particulièrement est le regroupement en cabinet médical. Ainsi, les structures de soins de proximité à la suédoise avec un financement à la capitation leur permettraient d’avoir une activité durable et pérenne.

Nous proposons donc de nous inspirer du modèle suédois en France, dans la mesure où il répond aux besoins des territoires, de la proximité, des patients mais aussi des praticiens. C’est aussi une réponse aux besoins des urgences saturées, notamment en raison du déficit de soins primaires et de médecins généralistes. En effet, dans la mesure où ces structures seraient pluridisciplinaires et permettraient de réaliser des actes simples en matière d’imagerie (échographie), de biologie ou de petite chirurgie, elles répondraient à un véritable besoin de la population tant en termes de proximité que de qualité de la prise en charge. Si la situation du patient le nécessite, il peut être orienté en urgence ou non vers une structure hospitalière plus adaptée à son besoin.

  • L’imagerie et la biologie sont deux outils de diagnostic et de prévention. En ce sens, les structures de proximité sont-elles qualifiables de parcours de santé ou de parcours de prévention ?

Ce sont des structures de soin mais aussi de suivi du patient sur le moyen/long terme, notamment en cas de maladie chronique. Comme on peut le constater dans les proximity care en Suède par exemple, la prévention y trouve une place de choix, notamment en raison du mode de financement de la structure, non pas à l’acte mais à la capitation, c’est-à-dire que le centre touche une enveloppe mensuelle pour le suivi d’un patient quel que soit le nombre de ses visites. Le centre a alors tout intérêt à développer la prévention santé avec ses patients dans la mesure où elle contribue à le maintenir en bonne santé et à limiter le nombre de ses visites. Par ailleurs, le suivi des patients a permis aux centres scandinaves de développer des indicateurs de suivi beaucoup plus nombreux et beaucoup plus qualitatifs que ceux qui sont suivis en France. La réunion de ces éléments permet d’améliorer le suivi clinique des patients et la prévention basée sur l’analyse des données collectées. Les Suédois sont très enthousiastes quant aux outils digitaux développés par la Fondation RamsayGdS, notamment le « Chatbot prévention santé », qui donne des conseils en matière de nutrition, d’arrêt du tabac, de gestion du stress, du sommeil…et qui leur permettent ainsi de parfaire leur base d’indicateurs en suivant l’évolution clinique des patients chroniques bénéficiant d’un accompagnement de prévention.

Par ailleurs, nous pensons que l’utilisation prochaine de ce Chatbot dans les proximity care suédois devrait nous permettre d’en améliorer le contenu en le confrontant aux retours des patients et des praticiens …

  • Quels sont les thématiques de prévention sur lesquels vous travaillez ?

Nous travaillons sur les 4 thérapies non médicamenteuses, plus particulièrement, la nutrition, l’activité physique mais aussi la gestion du sommeil et du stress. Pour les praticiens, ce sont les thématiques sur lesquelles il faut agir pour améliorer la santé au-delà des prédispositions génétiques. La prévention permet de limiter les risques de développer une maladie, on parle alors de prévention primaire. Mais nous sommes également engagés dans la prévention secondaire, qui milite pour un dépistage le plus précoce des pathologies pour en limiter l’impact.

La prévention tertiaire nous tient également très à cœur dans la mesure où nous sommes un acteur hospitalier. Elle implique l’idée de faire évoluer ses comportements en matière de nutrition, d’activité physique, etc… afin de diminuer le plus possible le taux de récidive de la maladie. Les statistiques officielles sont parlantes : parmi les patients ayant été atteints d’un cancer, ceux qui pratiquent une activité physique régulière ont 50% de chance en moins de récidive.

La prévention passe aussi par le bien-être. Dans nos instituts de cancérologie, nous avons des ateliers d’onco-esthétiques qui font partie de la thérapie, au même titre que la psycho-thérapie. Il est important de se réconcilier avec son corps après avoir été malade et de limiter la dégradation corporelle pour donner envie aux gens de se battre. Ainsi, pour « Octobre Rose », nous allons faire des ateliers « bar à ongles » avec La Roche Posay qui a créé des vernis et des produits médicalement tolérants pour les personnes malades.

  • Cette notion d’estime de soi, de « re narcissication » fait partie intégrante de la prévention au sein de votre fondation ?

Nous le pensons, le bien-être fait de plus en plus son chemin auprès des praticiens, notamment dans le cas de maladie telle que le cancer ou dans le domaine de la santé mentale. Il y a encore du chemin à faire vis-à-vis de certains praticiens qui ont une démarche plus traditionnelle. Un médecin est un scientifique et a besoin de preuves chiffrées avant d’adopter de nouvelles méthodes, de nouvelles thérapies. L’action de la fondation, via les structures de santé et ses expérimentations, vise à objectiver et à chiffrer l’influence des outils de prévention pour faire évoluer les choses.

  • Aujourd’hui, vous nous faites la joie d’adhérer au Club Acteurs de la Prévention. Nous sommes ravis d’accueillir votre grande richesse d’expérience de terrain nationale, européenne et mondiale. Quelles sont vos motivations et qu’attendez-vous du Club ?

Beaucoup de gens, d’entreprises, d’associations font de la prévention, comme les assureurs par exemple via la complémentaire santé, mais nous ne connaissions pas d’endroit où les acteurs mobilisés sur ces sujets-là se retrouvent pour échanger, débattre en toute transparence avec le souci de faire avancer la cause au-delà des barrières de concurrence. Quand nous avons appris l’existence du Club, nous avons trouvé évident d’adhérer pour faire partie de ces acteurs. Nous sommes intéressés par l’échange et le partage. Nous sommes convaincus que plus d’acteurs différents et de milieux différents se rejoignent, plus nous allons nous enrichir mutuellement, voire même devenir partenaires. En tant que Fondation, nous avons cette obligation d’ouverture.

  • Pour vous, quel est le projet que vous souhaiteriez voir progresser, évoluer ?

Personnellement, la formation en prévention. Comme précédemment évoqué, nous lançons un DU prévention s’adressant à tout type de personnel soignant mais il existe déjà un DU prévention à la faculté de Brest s’adressant à tous les citoyens, et que nous allons valoriser.

J’aimerais faire connaître ces formations aux membres du Club pour qu’ils aient envie de former leurs personnels soignants ou leurs collaborateurs non soignants. Nous souhaiterions qu’un maximum de personnes soient formées à la prévention en France afin de répandre ces savoirs dans tous les territoires et ainsi influencer le comportement des français. Pour cela, il est nécessaire d’avoir des « missionnaires » sur le terrain qui informeront simplement sur les bons comportements à adopter. Évidemment, ce sont des ambitions de long terme. Avec ce DU, nous espérons apporter notre pierre à la création d’un métier de « chargé de prévention » par les autorités de tutelle, avec un contenu, une tarification… Cela me semble parfaitement en phase avec les aspirations d’Agnès Buzyn et les grandes ambitions qui l’animent en matière de prévention. Le service sanitaire pourrait notamment en être un vecteur.

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