Interview de Catherine Courboillet

Interview de Catherine Courboillet

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Cerba, acteur de l’innovation au service de la prévention

 

1/ Bonjour Catherine Courboillet, vous dirigez aujourd’hui Cerba HealthCare, l’un des premiers groupes de biologie médicale en Europe.

– Quel a été votre parcours pour réussir ce défi?

J’ai débuté ma carrière dans l’industrie du Diagnostic In Vitro. Pendant plus de 10 ans, j’ai évolué dans une compagnie suédoise, pays où les politiques de prévention ont été déployées depuis de nombreuses années.

Forts de cette culture, nous avons été la première société de diagnostic à instaurer sur le marché français un dialogue clinico-biologique nécessaire à la bonne prise en charge des patients.

Puis j’ai rejoint le Groupe Générale de Santé et plus précisément sa filiale de biologie spécialisée que j’ai développée pendant 4 ans. Cette expérience m’a permis de mieux appréhender le fonctionnement des établissements hospitaliers et la nécessité de la coordination des acteurs de soins. Puis l’opportunité de rejoindre Cerba, la Référence en biologie médicale spécialisée s’est présentée en 1999.

– Quelles ont été les grandes étapes de la construction du groupe Cerba?

L’origine de ce groupe de biologie médicale est le laboratoire Cerba. Ce laboratoire a été créé en 1967 sur un concept treÌ€s original, encore aujourd’hui… Celui d’un laboratoire réalisant uniquement des examens de biologie extreÌ‚mement spécialisés pour le compte de laboratoires privés ou hospitaliers. Ce laboratoire s’est beaucoup développé en France et aÌ€ l’international. DeÌ€s le début des années 2000, compte tenu des évolutions reÌ€glementaires qui se profilaient, il m’a paru évident que pour pérenniser ce fleuron de la biologie française, il était indispensable de diversifier ses positions géographiques et ses activités. En 2007, nous nous sommes rapprochés d’un groupe de biologie en Belgique, ce qui nous a permis alors de nous positionner sur deux nouvelles activités, la biologie d’essais cliniques et la biologie dite « de ville ». Ce rapprochement a été aÌ€ l’origine de la création du groupe Cerba HealthCare. Puis la mutation du marché de la biologie médicale en France a conduit les biologistes aÌ€ se rapprocher de structures solides leur permettant d’envisager l’avenir plus sereinement. De nombreux laboratoires ont rejoint notre groupe depuis, considérant que nous sommes les plus légitimes pour les accompagner : légitimité d’une approche industrielle de la biologie couplée aÌ€ une légitimité en termes d’expertises techniques et médicales.

Aujourd’hui notre groupe est positionné en France, en Belgique au Luxembourg ainsi que sur tous les continents (New-York, Johannesbourg, Shangaï, Sydney, Singapour) pour la biologie d’essais cliniques. Notre réseau de laboratoires de villes compte plus de 300 laboratoires et de très nombreux centres de prélèvement en Belgique et au Luxembourg. Nous employons plus de 4 000 collaborateurs dont une forte proportion de biologistes et techniciens de laboratoires.

– Quel est aujourd’hui, le métier de Cerba?

Cerba HealthCare est un groupe expert en biologie médicale. Nous proposons aux professionnels de santé (médecins, établissements de soins, hoÌ‚pitaux, industries pharmaceutiques …) une offre globale en biologie médicale et aux patients une prise en charge qui va du préleÌ€vement jusqu’ au conseil et aÌ€ l’accompagnement médical dispensés par nos médecins et pharmaciens biologistes.

Notre savoir-faire, c’est une chaîne de compétences qui va du prélèvement du patient à l’examen de biologie spécialisée, c’est aussi un réseau de biologistes pluridisciplinaire qui regroupe toutes les expertises nécessaires au diagnostic biologique, de la prévention aux thérapies ciblées et au suivi des traitements. Notre activité de biologie clinique est ancrée dans le théranostic puisque nous participons au développement de nouvelles molécules thérapeutiques en collaboration avec l’industrie pharmaceutique jusqu’à l’adaptation et au suivi des traitements chez les patients.

Parallèlement à nos activités en biologie humaine, nous avons créé en 2000, suite à la crise de la
« vache folle », une activité vétérinaire spécifique et nous sommes devenus très rapidement le laboratoire leader en France du dépistage de l’Encéphalopathie Spongiforme Bovine. Par ailleurs, la biologie vétérinaire a pris de plus en plus d’importance dans le diagnostic et le suivi à la fois des animaux de compagnies ainsi que des animaux de rentes. C’est donc tout naturellement que nous avons choisi de développer cette activité qui bénéficie de tout le savoir-faire et des expertises qui sont les nôtres depuis près de 50 ans en biologie médicale humaine. Les biologistes qui ont en charge cette activité ont une double compétence, ils sont vétérinaires et biologistes.

– Quelle est la place de l’innovation dans votre entreprise?

L’innovation tient une place extrêmement importante au sein du groupe. A l’origine, le Laboratoire Cerba s’était donné comme mission de mettre à la disposition des professionnels de santé des actes de biologie ou des approches diagnostiques innovants. L’innovation, c’est l’ADN du groupe ! D’ailleurs CERBA signifie Centre d’Etudes et de Recherche en Biologie Appliquée. Les expertises techniques et scientifiques de nos équipes nous permettent dans certains domaines comme par exemple le diagnostic prénatal non invasif d’être le premier groupe de biologie médicale privé à proposer des examens extrêmement innovants. Je pense en particulier au diagnostic génétique non invasif de trisomie 21 fœtale réalisé sur sang maternel.

De plus les progrès en matière de thérapeutique et la R&D de l’Industrie Pharmaceutique avec laquelle nous collaborons dans le cadre des essais cliniques nous place en première ligne pour développer de nouveaux biomarqueurs dans le cadre d’une biologie dite personnalisée.

L’innovation au sein du groupe est pilotée par la direction de l’innovation et du développement.

2/ L’obligation d’accréditation et de sécurisation de la filieÌ€re analytique a amené les acteurs de la biologie médicale aÌ€ se mutualiser et aÌ€ se concentrer autour de grands groupes, parmi lesquels Novescia que vous avez acquis récemment. Comment votre groupe se situe dans un secteur qui se concentre et évolue treÌ€s vite?

Notre groupe a accompagné la mutation de la biologie médicale engagée par le changement de règlementation de ce secteur en 2010. Nous avons proposé un projet professionnel aux biologistes qui cherchaient une solution pour s’inscrire dans une nouvelle dynamique. Les groupes de laboratoires qui nous ont rejoints ont la même vision de la biologie médicale et les mêmes valeurs, ce sont des éléments fondamentaux pour construire un groupe cohérent et efficient. Notre maillage territorial ainsi que la profondeur de notre offre nous positionne comme le leader de la biologie médicale en France. Nous disposons de plus de 300 laboratoires, plus de 150 centres de prélèvements, plus de 4 000 collaborateurs dont 350 médecins et pharmaciens biologistes et nous réalisons un chiffre d’affaires de plus de 600 millions d’euros.

Le développement du groupe passe par la cohérence de ses implantations ainsi que la diversité de ses expertises et nous continuons à discuter avec des confrères afin de compléter et de renforcer notre position.

3/ Cerba est désormais membre du Club Acteurs de la Prévention. Quelles ont été vos motivations pour adhérer au Club? La loi de Santé a placé la prévention comme une priorité. Comment pensez- vous que la France devrait améliorer la prévention?

Notre groupe est un acteur global en biologie médicale, nous sommes donc treÌ€s concernés par la prévention. La premieÌ€re étape du dépistage de certaines pathologies passe dans de nombreux cas de figures par un examen de biologie médicale, on parle d’ailleurs de dépistage biologique (VIH et autres maladies infectieuses, DiabeÌ€te, dépistage de T21 ou autres anomalies chromosomiques du fÅ“tus ….). Il nous a semblé comme une évidence qu’un groupe comme le noÌ‚tre devait eÌ‚tre membre actif du club des acteurs de la prévention.

De plus le réseau Novescia qui nous a rejoints cette année a été en partie à l’initiative de la création de ce club. Nous avons souhaité continuer à faire progresser cette notion de prévention sur laquelle il y a beaucoup à faire, en particulier en France.

Par ailleurs, nous avons créé en juin de cette année l’Institut Cerba qui est un fonds de dotation. A travers sa contribution au développement de la biologie médicale, l’Institut Cerba a pour but de promouvoir et soutenir l’accès à la santé de tous par différents types de projets (soutien à l’innovation, soutien à la formation et à l’information, aide pour les populations défavorisées à accéder à la biologie médicale de pointe). L’accès à la santé passe évidemment par l’accès à la prévention et l’Institut Cerba va soutenir dans l’avenir des projets liés de près à la prévention!

En ce qui concerne l’amélioration de la prévention en France, on sait que nous avons beaucoup de retard par rapport à certains pays d’Europe. C’est d’abord un problème culturel mais aussi un problème d’engagement des politiques de santé dans de véritables programmes de prévention. Il est vrai que la prévention peut apparaître comme un surcoût et d’ailleurs nous manquons d’études économiques sérieuses qui montrent son efficience.

 

Nous devons travailler sur la prévention par une meilleure gestion des risques et par une meilleure information et formation. Des campagnes d’information auprès du grand public, par exemple de type « éducationnelles » dès le plus jeune âge mais aussi auprès des professionnels de santé sont nécessaires. L’information mais aussi la formation en particulier des professionnels de santé sont des éléments clés dans la mise en œuvre d’une prévention efficace. De nombreux programmes en Europe et au-delà ont été menés et nous pourrions nous en inspirer. De plus la coordination entre professionnels de santé doit certainement être améliorée et elle le sera si le partage de l’information sur un même patient est possible.

4/ La médecine prédictive est-elle la prévention de demain ou pensez-vous que l’analyse et le dépistage demeureront les métiers phares de la prévention?

Nous sommes persuadés que la médecine prédictive sera très utile à la prévention. La biologie permet aujourd’hui de définir les prédispositions d’un individu à développer une ou des pathologies. Quand une prédisposition a été identifiée, on peut mettre en place une prise en charge très personnalisée qui va permettre de repousser le moment ou les symptômes vont apparaître, voire d’éviter la maladie.

En ce qui concerne le dépistage, les campagnes de dépistage doivent se développer. L’exemple du dépistage du cancer colorectal est un bon exemple. Un cancer colorectal dépisté très tôt guéri 9 fois sur 10. On pourrait prendre aussi l’exemple de l’infection à VIH qui dépistée tôt dispose aujourd’hui de thérapies très efficaces qui seront adaptées à chaque patient en fonction du génotypage et du phénotypage de son virus.

On voit bien que la biologie intervient à tous les niveaux, du dépistage, au diagnostic, en passant par le choix du traitement et son suivi.

 

 

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